Il est connu par ses instruments artisanaux, tambour, claquement vif des mains. Mais aussi son géant et mythique banjo fabriqué à partir d’un baril couvert d’une peau de chèvre. Le Karindula est un style musical traditionnel bien connu à Lubumbashi. D’une sonorité folklorique frénétique, cette musique connaît aujourd’hui une touche de modernité. C’est sous la forme rap Karindula, cristallisée par l’artiste Sébastino Infrappa.
« J’ai écouté le son folklorique du karindula. Je l’ai mélangé au Rap moderne que je faisais avant. Et cela a donné naissance au Rap Karindula, mon nouveau style », explique le Rappeur Sebastino Sarkozy, dit Infrappa.
Le Karindula, inspirateur d’un rap made in Lubumbashi
« Je ne suis pas le créateur du Karindula. Mais je m’en suis inspiré pour être aujourd’hui le précurseur du rap Karindula », affirme humblement l’artiste Infrappa. Puiser dans cette musique traditionnelle aux sonorités envoutantes donne au rap une dimension plus attachante.
Le fond des thématiques exploitées dans le karindula traditionnel touchent au vécu quotidien des sociétés. Il chante des faits comme le mariage, dénonce les déviations des jeunes. Ou encore, le fait plus urbain, célèbre des chefs traditionnels ou des leaders politiques.
Infrappa y joint une dimension comique, caricaturale, lui-même étant peintre décorateur. « En utilisant l’aspect caricatural ou comique, on réussit à contourner facilement la censure ». Infrappa qui ne s’empêche parfois de toucher à la politique dans ses chansons. Pour lui, artiste peintre et poète, les messages polysémiques passent au sens « propre ou au figuré ». « J’essaie de karindulariser ces messages pour le faire bien passer », commente-t-il.
Rap karindula, une identité nouvelle de la musique à Lubumbashi
A Lubumbashi rivalisent de nombreux genres musicaux internationaux. Le Rap karindula résonne alors comme un recours, un retour pour certains, aux sources congolaises. C’est une quête d’identité d’un jeune artiste, à la fois comme originalité, mais aussi comme une référence à la culture du terroir. Infrappa explose des mots et phrases en langues congolaises : le Kiluba, le Kibemba, le Uruund ou encore le Tshiluba, et le Swahili mêlé au Français.
Il les couvre de rime et des figures de styles polémiques et élogieuses, comme il en existe parfois dans les villages du Congo profond, à la gloire de vaillants. « En matière de rime, mi njo tata leza », pour « en matière de rime, je suis Dieu le père », mélangeant swahili, Kibemba et Français.
« J’ai réussi à sortir de cette acculturation musicale, cette envie d’abandonner sa propre culture pour « faire comme les autres » », explique Infrappa qui, davantage, s’éloigne du rap pareil au français Lafouine, par lequel il a commencé.
Arsène Bikina







